Transmission de la capacité négative : de la formation à la rencontre clinique

Inspiré par le poète anglais John Keats, W. R. Bion considérait la capacité négative comme la qualité principale du psychanalyste, et il en faisait aussi pour le patient l’un des buts du traitement analytique. Cette capacité négative peut être mise en lien avec des concepts élaborés par différents auteurs, dont Freud (le masochisme érogène), Rosenberg (le masochisme gardien de la vie), De M’Uzan (l’inquiétude permanente), Press (la construction d’une position passive), Green (la passivité et la passivation), Ribas (la passivité de vie) et Phillips (être un embarras, être perdu, être impuissant). Quatre vignettes cliniques illustrent comment la capacité négative peut être défaillante chez certains sujets, notamment dans son articulation avec la temporalité, les rendant particulièrement intolérants à la souffrance ordinaire dont parlait Freud et entravés dans l’exploration de leur vie intérieure. Suivant Press, il est par ailleurs proposé que la sollicitation de la capacité négative puisse réactiver chez un individu la crainte de l’effondrement, et avoir pour effet, dans le travail thérapeutique, de mettre à mal la capacité négative du thérapeute. Ce dernier sera amené à devoir tolérer le fait d’occuper transférentiellement auprès de son patient la place de l’objet défaillant, pour permettre que s’actualise le négatif du non-advenu (Press). Il est enfin question de ce qui, dans la formation du psychothérapeute ainsi que dans la culture, peut favoriser ou compromettre le développement de sa capacité négative.

Réal Laperrière est psychologue et psychanalyste, membre de la Société psychanalytique de Montréal. Il exerce en bureau privé auprès d’enfants, d’adolescents et d’adultes.