Bouquinerie

Toute la folie du monde de Francine Godin

fév 07, 2016 Revue Filigrane

L’écriture de soi ou autobiographique de Toute la folie du monde est une façon pour son auteure de revisiter autrement son histoire et de venir au secours de l’enfant laissé en chemin en lui apportant les mots qui lui manquaient autrefois. Une façon de s’écrire du lointain et ainsi de rejoindre ce qui ne cesse d’exister dans l’inconscient. Là-bas, dans ce continent noir qui dans notre imaginaire symbolise la misère, Francine Godin, avec humour et autodérision, légèreté et cruauté (au sens d’Artaud) raconte la pesanteur des souffrances oubliées, et qui reviennent la hanter dans le regard des affamés, des enfants sans mère et au père incertain. Reflet de son désastre intime : «Une petite fille de quatre ans s’avançant seule dans la forêt» (p. 100), dans la forêt des mots, ajouterais-je, une petite fille qui devra s’égarer longtemps avant d’«être trouvée» par son psychanalyste. Francine Godin dans un style vif, authentique, qui entrelace avec une belle aisance parcours professionnel et vie personnelle, ose et s’expose aux lecteurs. Avec elle, nous faisons des allers et retours de la scène du monde extérieure – politique, sociologique – où elle a exercé ses fonctions dans le développement international en Afrique à l’Autre scène, psychique celle-là amoureuse, désirante, qu’elle n’a pas fini d’explorer et de raconter. À nous d’en entendre quelque chose.

Louise Grenier