Ce numéro débute par le premier volet du dossier « L’empire du faux », thématique au cœur de notre plus récent colloque, tenu à l’automne 2019. L’argumentaire à l’origine de l’événement, et qui figure en guise d’introduction, expose quelques-unes des nombreuses ramifications du faux, en allant des questions ontologiques aux enjeux épistémologiques, en passant par les phénomènes de désaveu, de dissimulation et de désinformation, sans oublier la « vérité » des patients, que celle-ci soit ou non sciemment voilée.

Le dossier prend son envol avec deux articles de François Richard, tête d’affiche du colloque. Dans le premier, Fabrication du mensonge, l’auteur s’attarde aux fondements paranoïaques-pervers du complotisme tel qu’on le retrouve dans notre culture contemporaine. Il en ressort le constat troublant d’une profonde crise de l’autorité, qu’elle soit politique, religieuse ou autre. Dans le second, Psychanalyse du faux, François Richard partage son expérience du traitement de personnes présentant des problématiques complotistes. Il insiste notamment sur la déstabilisation du thérapeute face à de tels patients, laquelle, conséquemment, compromet la capacité à fournir un accueil neutre et bienveillant à ces derniers.

Par la suite, Élyse Michon, elle aussi conférencière de notre colloque, nous transporte dans les remous tumultueux des rapports transférentiels et contre-transférentiels. Son texte, Le transfert. Le vrai, le faux et l’illusion véridique, traite entre autres du caractère de véracité de l’amour de transfert, sujet rarement discuté de par les tabous qui l’accompagnent. L’auteure met en perspective la conception de Freud et celle de Laplanche quant à l’inconscient et ce qui induit le transfert. Elle souligne l’exigence éthique qui incombe à l’analyste face à un possible abus de pouvoir.

Pour clore ce dossier thématique, Étienne Pelletier offre une réflexion intitulée D’un dire faux qui ne serait pas du mensonge. Mentir et se faire mentir à la lumière de la clinique des psychoses. L’auteur nous amène à réfléchir aux extrémités de la parole – sa racine et son effet – en illustrant la dichotomie possible entre les deux. Éviter de déduire la présence d’une intention mensongère constitue non seulement une nécessité clinique et éthique, mais aussi un défi de taille lorsque la personne qui écoute se sent délibérément trompée.

La rubrique Hétéros s’ouvre sur Le dessin et la psychothérapie d’enfants présentant des vulnérabilités de nature psychotique : illustration clinique, texte de Miguel M. Terradas, Antoine Asselin et David Poulin-Latulippe. Le dessin y apparaît comme l’assise d’un langage d’une grande valeur puisqu’il permet la liaison entre le contenu graphique, l’enfant et le thérapeute, palliant ainsi les difficultés d’élaboration par la parole. Au moyen d’exemples tirés de la clinique, l’usage pouvant être fait des dessins d’enfants dans le cadre d’une évaluation et d’une psychothérapie est décrit.

Mères-bébés : une histoire à co-construire, de Valérie Lamontagne, vient compléter la présente rubrique en discutant de concepts théoriques en lien avec le deuil développemental et le conflit de la parentalité se rapportant aux psychothérapies mères-bébés, telles qu’élaborées par Bertrand Cramer et Francisco Palacio-Espasa. La présentation d’un cas clinique étaye le propos.

Dans la rubrique Psychanalyse à l’université figure Le traumatisme psychique d’une naissance prématurée chez l’enfant : une revue de littérature réflexive, de Mélissa Lord-Gauthier. Cette dernière met en évidence le rôle possible du traumatisme de la naissance et de l’hospitalisation dans la survenue de séquelles neurodéveloppementales. Elle discute également des interventions qui visent à atténuer les effets nuisibles de ce traumatisme.

Le présent numéro se termine par une recension de l’ouvrage de Francis Levasseur, L’espace de la relation : essai sur les bureaux de psychologue, paru cette année aux éditions Varia. Véronique Lussier souligne notamment l’originalité de la réflexion de l’auteur et de sa démarche, alors que le sujet du cadre spatial est pourtant au nombre des composantes essentielles du travail clinique.

 

 

Ce numéro de Filigrane comporte la seconde partie du dossier « Identités2 Qui suis-je ? ». Y apparaissent des textes qui offrent des points de vue inusités sur la vaste et controversée question du genre. Ces articles sont signés par des auteurs qui, à partir de leur pratique clinique, ont poussé la réflexion plus loin que la tentative de théorisation à partir des repères classiques  psychanalytiques à ce niveau.

D’abord, Nicolas Evzonas évoque certains enjeux du contre-transfert dans la rencontre avec des patients trans. Au-delà de l’expérience sing lière de la dyade analytique se dévoile, en arrière-plan, le contexte socio- culturel, voire politique qui tend à teinter, malgré lui, le regard du clinicien d’aujourd’hui.

Guillemine Chaudoye aborde quant à elle la question de l’identité, en lien avec un dispositif sans doute trop peu souvent utilisée : le psychodrame. Le lecteur y découvre notamment la fertilité de cette pratique médiatisée, qui interpelle le corps et la fantasmatique qui s’y rattache, dans un cas où le patient est atteint du VIH.

Par une lecture attentive de la littérature psychanalytique sur les transitions de genre, Fanny Chevalier élabore ensuite des hypothèses relatives au peu d’attention dont a bénéficié la transition female-to-male, en comparai- son à la transition male-to-female. La psychanalyse serait-elle genrée ? Il n’est pas anodin, justement, que le cas présenté par Stefano Monzani témoigne de la dysphorie de genre à la lumière du féminin et du maternel, en plus de la relation primitive mère-enfant.

Bref, ce dossier se conclut non seulement sur des élaborations théorico- cliniques fertiles pour la clinique, mais aussi, des questionnements nouveaux, à poursuivre, dans la visée d’une psychanalyse toujours davantage connectée sur les sociétés, les cultures, l’actualité clinique et sociétale.

Dans un second temps, ce numéro nous ramène avec grand plaisir la tribune « Entrevues ». Wilfrid Reid – qui nous avait offert en 2008 deux riches textes sur ses récentes élaborations théoriques – dévoile généreusement son parcours, au micro de Pierre Joly. Dans cet article issu de l’entretien initial, les repères théoriques chers à ce grand psychanalyste sont articulés avec sa trajectoire unique de formation, d’expériences cliniques, d’élaborations théoriques et d’écriture.

La rubrique «Hétéros» donne la voix à une diversité d’auteurs. Wael Garnaoui y aborde une réalité peu connue, en particulier du point de vue psychanalytique : celle des Hargas, dont il questionne la complexité du lien à la figure maternelle. Cet article propose un heureux métissage entre enjeux culturels et développement psychique.

Les deux articles suivants démontrent une fois de plus la valeur heuristique des études de cas cliniques. Martin Gauthier illustre par les aléas de la rencontre intersubjective dans la cure, l’impact des nouvelles technologies sur l’espace de la rencontre, ou en d’autres termes, sur l’espace psy- chique intérieur tel qu’il se noue avec l’espace relationnel thérapeutique. Finalement, le texte d’Anne Boisseuil nous ramène à interroger le féminin et le maternel, sous l’angle singulier de l’interférence de la grossesse de la thérapeute dans le suivi d’une jeune fille et de sa mère.

Ce numéro se conclut avec deux articles de la rubrique «Psychanalyse à l’université ». Un premier article signé par David Smolak et Louis Brunet, aborde une recherche menée auprès d’aidants humanitaires, en mettant de l’avant l’importance d’un cadre métacontenant propre à l’élaboration par ceux-ci des traumatismes auxquels ils sont confrontés. Pour conclure ce numéro, dans un style bien personnel, Eveline Gagnon relate sa démarche de recherche qualitative, où elle a su intégrer une perspective psychanalytique originale, et procéder de la métaphore à la théorisation du Soi.

S’il y a un fil conducteur à l’ensemble de ce numéro pourtant varié, c’est bien la question de l’enjeu essentiellement humain de la différenciation (pour être, pour se construire une identité propre, un Soi, un espace…), et ce faisant, du maternel ; en ce sens, oui, la psychanalyse serait genrée, mais n’est-ce pas là tout un pan de son humanité profonde ?

Sophie Gilbert
Rédactrice en chef

Si pour les élèves du primaire, l’apprentissage de la langue française confirme jusqu’à ce jour qu’il n’y a de genres que le féminin et le masculin, avant même d’avoir franchi le seuil de l’école secondaire, nos jeunes tendent désormais à se situer dans une multiplication des identités et orientations sexuelles. La clinique adolescente le confirme : aucun flottement n’est toléré, et ces définitions précèdent souvent de loin l’abord et parfois même, la simple fantaisie de l’acte sexuel. On se demande s’il n’y a pas ici ratage d’une double rencontre : la rencontre de soi comme celle de l’altérité quelle qu’elle soit, mais surtout, la possibilité de supporter le non-savoir qui éventuellement aboutira à une identité, si ce n’est définitive, à tout le moins confortable. Et si cette obligation à se situer, à circonscrire le genre, aussi fertile ait pu être son élaboration première, tendait à refermer une question qu’on espérait désormais ouverte, à stigmatiser davantage qu’à relier?

Tout se passe comme si le simple mot genre, lorsqu’il signifie un au-delà de la dualité qu’on lui connaissait jusqu’alors, crée autant de remous chez nos jeunes que de malaise (malêtre?) chez les cliniciens.

Étymologiquement, le mot genre réfère à une catégorie. Du reste, il est intéressant de noter que son usage dans la lange orale, au Québec, est venu ponctuer pour toute une génération (ou même plusieurs) les phrases des ados, des jeunes et des « moins jeunes », de façon à signifier une modulation du propos précédent – comme si l’on disait constamment, à la fin d’une assertion peu importe laquelle : « ce n’est pas tout à fait ça ». Ce pas tout à fait, associé à l’étymologie, rappelle fort justement les limites de toute tentative de catégorisation. En d’autres termes, cet entendement du « genre » met en exergue ce qui fait (et fera sans doute) toujours défaut dans la question identitaire abordée sous l’angle d’une classification, ce en quoi chacun est d’abord « un » et jamais tout à fait comme l’autre. Ici, la référence au « trait unaire » lacanien est bien sûr inspirante, dans sa façon d’articuler l’unicité identitaire avec la différence, l’altérité. Parler de genre, c’est donc d’emblée introduire la question de l’identité, voire des identités, mais aussi de l’autre, de l’altérité, et de la différence.

Intitulé « Identités:  Qui suis-je? », le colloque de l’automne 2018 de la revue Filigrane a proposé une rencontre entre différents cliniciens, réunis par leur intérêt commun pour la remise en question actuelle de la notion d’identité sexuelle. L’expérience de ce colloque entrera dans les annales de la revue pour plusieurs raisons. L’une d’elle tient en la difficulté à initier un véritable dialogue, des échanges heuristiques à partir des controversées thématiques de l’identité sexuelle et du genre. À la lumière du propos précédent, l’on pourrait mettre en cause la propension possiblement vouée à l’échec de catégoriser les identités. Plus encore, en référence à l’expérience, relevée ci-dessus, de la clinique adolescente, l’on peut se demander à quel point cette tentative de catégoriser, malgré le désir de soutenir l’ouverture à tout un chacun, a un effet pervers de fermeture (de « forclusion »?) de la question identitaire par le point final qui en découle. Ces arguments pourraient sans doute expliquer, théoriquement, l’impasse dans laquelle se sont retrouvés, malgré le bon vouloir des organisateurs, nos cliniciens invités. Chacun a su parler du genre en référence à son allégeance théorique et son expérience clinique; toutefois, peu de résonances ont su être relevées entre les entendements (forcément sous-tendus par des catégories explicites ou implicites) proposés, et chaque élaboration, aussi riche fut-elle, semble avoir été ponctuée d’un point final.

La psychanalyse, on l’a bien vu les dernières années par une multiplication du nombre de publications sur ce thème, a bien voulu si ce n’est intégrer le genre en tant que concept, du moins tenter de l’approcher avec des concepts fondamentaux dont bien sûr la bisexualité psychique demeure au premier plan. Reste que lorsqu’il est question de mettre au travail ce thème, en lien avec certaines expériences cliniques, la rencontre de l’autre demeure difficile, quoique désirée [1].

Plus précisément, dans le cadre du colloque de la revue Filigrane, l’inconscient s’est heurté, de plein fouet dirais-je, au roc de La Réalité. A priori, il semble que tous les participants, conférenciers ou auditeurs, se référaient à un même paradigme, constructiviste, et à la notion de réalité psychique, voire même, à l’existence de l’inconscient. Pourtant, l’on pourrait penser que l’inconscient de ces hommes ou femmes qui souhaitent explorer une autre image de soi, un soi plus conforme à leur intériorité, ait à certains moments été éludé. Ce faisant, concepts de conflits psychiques, de transmission générationnelle, pour ne nommer que ceux-là, n’étaient pas toujours au rendez-vous : l’individu était considéré à son niveau conscient, selon « son point de vue » (aconflictuel?). Si l’autre était interpellé, c’était essentiellement pour signifier son manque de tolérance à la différence. Un argument, soit dit en passant, fondamental en ce qui concerne les personnes trans et la stigmatisation dont elles sont victimes!

D’un autre côté, il semble que l’analyse en profondeur, le point de vue intrapsychique, rende périlleux le dialogue avec une réalité particulièrement insistante chez les personnes trans car liée à un prégnant malêtre. Peut-on parfois, sous prétexte d’une compréhension exhaustive des enjeux intrapsychiques, représenter malgré soi cet autre craint, car insuffisamment sensible à la souffrance au quotidien, fut-elle narcissique et identitaire [2]?

Un autre niveau d’analyse de cette non-rencontre nous amène à poser les questions suivantes. Serait-il possible que plus l’on arrive à se distancier (défensivement ou après analyse personnelle?) des enjeux identitaires fondamentaux incarnés par les personnes trans, plus l’on peut soutenir une théorisation de la dynamique psychique de (et pas toujours avec) ceux-ci? À l’inverse, plus on s’identifierait à cette souffrance identitaire, plus l’on connecterait avec ce malêtre (profondément humain, l’identité n’est-elle pas le travail d’une vie?), et plus l’on chercherait à répondre à cette souffrance qui rejoint l’humain dans ses plus profonds soubassements, en interpellant non seulement le sujet souffrant mais également le social auquel il est durement confronté?

Jacques André nous rappelle combien l’accession au langage a transformé l’animal en nous. Mais il y a un prix à payer à cette désignation, le genre, toujours imparfaite, à la fois teintée d’enjeux sociopolitiques, de la culture, et de la complexité du développement psychique du sujet. Les cliniciens-auteurs qui ont répondu à notre argumentaire dans ces deux numéros thématiques de Filigrane se sont unanimement, quoique de façon distincte, montrés sensibles à cette complexité inhérente à la notion de genre, mais aussi à la diversité à la fois phénoménologique et conceptuelle de la notion plurielle d’identité. Chacun pourra se demander, au fil de sa lecture, comment ouvrir un véritable dialogue entre considérations psychiques et socioculturelles, entre le sujet et l’altérité, entre dynamique inconsciente et vécu subjectif.

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Le dossier thématique s’inaugure par une introduction proposée par Alexandre L’Archevêque (membre du comité de rédaction de la revue Filigrane), qui a servi d’argumentaire à l’ensemble de nos auteurs. La suite de cette première partie du dossier fait place à une majorité des conférences proposées lors du colloque. La conférence d’ouverture signée par Jacques André aborde d’un point de vue théorique le caractère distinct de la perspective psychanalytique sur le genre, notamment de par son incontournable référence à l’inconscient. Le généreux commentaire proposé par Dominique Scarfone (discutant de cette conférence) est ensuite présenté, permettant d’affiner la réflexion sur certains thèmes fondamentaux tels le sexuel infantile et le déterminisme inconscient. Le texte de la seconde conférence de Jacques André aborde ensuite de front le concept de bisexualité psychique à la lumière de vignettes cliniques. Pour clore cette première partie du dossier, la riche complémentarité offerte par la perspective phénoménologique est introduite par Denise Médico, clinicienne et chercheure d’expérience auprès des populations trans.

La rubrique Hétéros amène les lecteurs sur un autre terrain, celui des violences sexuelles à l’adolescence. Pascal Roman illustre son propos sur les enjeux narcissiques et identitaires inhérents à cette violence par une vignette clinique étoffée.

Puis, dans la rubrique Échos, deux courts textes rédigés par Domique Scarfone revisitent de façon originale deux concepts phares pour la psychanalyse : l’inconscient et le statut du savoir.

En terminant, ce numéro fait place à trois articles rédigés par des professeurs de la section psychodynamique du Département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal. Ces articles donnent un aperçu de la diversité des points de vue et des travaux d’orientation psychanalytique de ce département qui se démarque par un important contingent de professeurs de cette allégeance. Louis Brunet formalise ici le travail d’une réflexion extensive sur le statut de la psychothérapie d’orientation psychanalytique, Irène Krymko-Bleton aborde la méthodologie de recherche qu’elle a développée dans une perspective psychanalytique inspirée de la linguistique, et finalement, Marie Hazan lève le voile sur une facette méconnue de la vie d’Anna Freud.

Sophie Gilbert

[1] À noter qu’à l’image du colloque de la Revue Filigrane, le Congrès des psychanalystes de langue française de 2019 faisait place également à d’autres disciplines.

 

[2] J’utilise à dessein ce terme ici, afin de désigner le lieu où s’inscrit le malêtre dont il est question. Ce faisant, l’on peut entrevoir de nouveau une source de malentendu. De fait, la souffrance narcissique-identitaire a un entendement bien précis en psychanalyse, notamment à la suite de Roussillon. Comment peut-on témoigner de ce lien, sans plaquer une compréhension pré-formatée sur l’expérience des personnes trans?

Ce numéro thématique fait suite à un colloque organisé par la revue Filigrane sur le thème de la transmission de la psychanalyse. Ce thème a émergé de questionnements issus de différents milieux : des sociétés de psychanalyse qui se voient « vieillissantes », des universités dont la psychanalyse est trop souvent exclue, mais aussi, des jeunes cliniciens d’orientation psychanalytique remplis d’idée, de créativité – une jeunesse donc, tout sauf rétrograde. Un milieu en effervescence ou en déchéance que celui de la psychanalyse ?

L’argumentaire de ce colloque constitue le premier article du dossier, suivi par des articles issus des conférences de nos invités, soit Christine Anzieu-Premmereur, Réal Laperrière et Gabriela Legorreta. Dans un premier temps, Mme Anzieu-Premmereur témoigne de son parcours personnel, et de l’intégration de pans de la célèbre théorisation de son père dans sa pratique actuelle. Un second article aborde de façon plus concrète le travail réalisé à New York, un travail de formation auprès de psychothérapeutes, un exemple clé de l’intérêt de la psychanalyse pour la pratique de différents professionnels en milieu institutionnel. Ces deux textes s’appuient notamment sur une pratique très spécifique : le travail clinique auprès de la dyade mère-nourrisson.

Dans une perspective particulièrement didactique, Réal Laperrière reprend le concept de « capacité négative » proposé par Bion. Après l’avoir situé de façon théorique et métapsychologique, une question se pose : comment se transmet, au patient comme au thérapeute, cet élément fondamental de la pratique clinique psychanalytique ?

Finalement, Gabriela Legorreta aborde la transmission dans le cadre de la supervision. Au coeur non seulement de la formation mais aussi de la pratique des cliniciens d’orientation psychanalytique, l’auteure en déploie les différentes composantes et résultantes.

La psychanalyse, on le sait, demeure bien vivante dans certaines universités. La rubrique « Psychanalyse à l’université » en témoigne bien. Dans ce numéro, Nathalie Tissières et Irène Krymko-Bleton présentent les résultats d’une recherche doctorale portant sur le contre-transfert culturel. À une époque où les frontières entre pays et cultures s’estompent (ou d’un autre point de vue, se cristallisent…), le questionnement sur l’universalité d’« une » psychanalyse est bien sûr remis en chantier, et la place de la culture, plus spécifiquement la prise en compte de la diversité culturelle dans le dispositif d’évaluation et d’intervention des cliniciens, se pose de façon criante.

Le thème de la transmission aura particulièrement interpelé la relève, dans le domaine de la psychanalyse. En ce sens, la recension critique du récent ouvrage collectif « Des psychanalystes en séance. Glossaire clinique de psychanalyse contemporaine » par Stephany Squires, témoigne de ce qui préoccupe la nouvelle génération de cliniciens d’orientation psychanalytique : la formation et ses lieux, bien sûr, mais aussi un certain décloisonnement entre institutions, voire des institutions, par les tenants de la « libre association ».

La rubrique « Bouquinerie » fait aussi place à une recension, par Jean- Baptiste Desveaux, du récent livre de Jean Imbeault : « L’analyse sur écoute ». Les lecteurs y découvriront l’expérience de la possibilité de revisiter (ou d’écouter) la trace auditive des séances. Les chercheurs (puisqu’il est question dans ce numéro de la présence de la psychanalyse à l’université) pourront y trouver des éléments de réflexion, quant à ce qui devient accessible par le travail en profondeur de la transcription de rencontres chercheur-sujet, dans certains dispositifs de recherche psychanalytique.

En terminant, dans la rubrique « Cinéma et psychanalyse », André Jacques – initiateur de cette rubrique – présente un commentaire du film Phoenix, sous l’angle de la notion d’identité. Du reste, ce film propose au spectateur le récit d’une forme de renaissance, où s’entremêlent le même (la continuité) et la différence (la rupture), à partir du conflit et du malentendu… métaphore du travail psychanalytique, certes, mais serait-ce aussi une heureuse façon d’envisager la situation actuelle de la psychanalyse ?

Le colloque de 2017 avait été organisé à la mémoire d’André Lussier, décédé un an plus tôt ; ce numéro thématique en est le complément. En 2018, un autre psychanalyste nous a quittés : Samuel Pereg. Dans la foulée de ce numéro et des questions qu’il pose sur les modalités de la transmission de la psychanalyse, en institution, dans l’intimité des cabinets privés et des rencontres de groupe, ou même à l’université, il nous a semblé que les hommages proposés par Marie Hazan, Louise Grenier et Isabelle Lasvergnas, trois collègues de Samuel Pereg, y trouveraient une place de choix. Une façon de ne pas oublier la transmission « hors les murs », « hors institution », et surtout, intègre, d’une pratique clinique toujours aussi vivante, en 2018. Ainsi se termine donc ce numéro hommage : hommage à d’incontournables psychanalystes d’ici.

Sophie Gilbert gilbert.sophie@uqam.ca

Ce numéro fait suite au numéro précédent consacré à « La terreur des enfants » (Filigrane, volume 26, numéro 1). Ce thème, qui a aussi fait l’objet d’un colloque à Montréal à l’automne 2016, se voulait d’abord une allusion au vécu de terreur des enfants victimes de violence ou de négligence. Mais de façon plus subtile, ce thème renvoie à la peur, parfois paralysante ou alors, source d’agirs, issue de la confrontation à la pulsionnalité infantile – en particulier la confrontation de l’adulte, du donneur de soin, et plus largement, de la société. Si le colloque a donné lieu à différentes figurations et élaborations autour de ce thème, il a aussi permis d’en faire ressortir certains éléments fondamentaux. Ce numéro s’amorce donc avec la deuxième et dernière partie de ce dossier, sous l’angle des fondamentaux psychanalytiques suivants : les interdits, le jeu, le traumatisme et la symbolisation.

Dans un premier temps, Maurice Berger nous amène à revisiter la question des interdits. À la suite d’un bref exposé sur les considérations sociétales relatives à ce concept, certains repères sur la fonction et la construction psychique de ceux-ci sont envisagés. Puis, l’auteur aborde, avec moult exemples, la référence aux interdits dans la pratique clinique auprès des enfants et de leurs parents.

Ce dossier s’achève avec une série de deux articles dans lesquels Miguel M. Terradas et ses collaborateurs abordent le travail psychanalytique par le jeu, dans le cas de trauma complexe chez l’enfant. Des réflexions théoriques amènent d’abord le lecteur sur la piste de l’exploration du travail de mentalisation exprimé dans le jeu d’enfant. Puis, l’article suivant est consacré à une riche présentation clinique de cas, illustrative de l’évolution clinique d’un enfant à partir du déploiement de fantasmes et d’angoisses par le jeu.

Par la suite, la rubrique Hétéros accueille un riche article de Nicolas Evzonas sur un thème trop rarement abordé de front en psychanalyse : la jalousie. L’auteur propose un dialogue entre psychanalyse et « clinique artistique » à partir d’œuvres littéraires, théâtrales et cinématographiques, afin de soutenir un vaste portrait de ce concept aux multiples facettes.

Le dialogue entre psychanalyse et cinématographie est ensuite ouvert différemment, dans notre nouvelle rubrique : « Psychanalyse et cinéma ». Dans celle-ci sont présentés des commentaires de films issus de l’activité Ciné-psy organisée régulièrement par l’Association des psychothérapeutes psychanalytiques du Québec (APPQ). Dans ce numéro sont publiés les commentaires de Martin Gauthier et de Louis Pinard, à partir, respectivement, des films « Phoenix » et « Eraserhead ».

Ce numéro se termine avec une présentation du livre « Lettres du divan », par Louise Grenier, directrice de publication de cet ouvrage collectif.

Sophie Gilbert