Les avancées médicales des dernières décennies ont permis d’augmenter considérablement le taux de survie des bébés prématurés, mais il est toutefois encore difficile de prévoir les séquelles et les trajectoires développementales de ces enfants à long terme. Une bonne proportion de ces petits auront besoin d’un suivi prolongé spécialisé et adapté, ce qui fait de la prématurité un enjeu de santé publique. Le présent article constitue une revue réflexive des écrits entourant les impacts psychoaffectifs d’une naissance prématurée chez l’enfant, l’objectif étant de susciter une réflexion sur la naissance prématurée en tant que possible traumatisme psychique chez le nourrisson. Certaines séquelles neurodéveloppementales attribuées à la prématurité en soi, et souvent considérées comme organiques et irréversibles, pourraient plutôt être l’expression de traces du traumatisme de la naissance et de l’hospitalisation. Offrir à l’enfant prématuré et à sa famille des interventions visant à atténuer les effets nuisibles de ce traumatisme pourrait ainsi contribuer à favoriser son développement global.

Cet article décrit une méthodologie de travail spécifique et originale développée dans le cadre d’une thèse doctorale. Par le récit de cette méthodologie, en tant qu’elle reste imbriquée au sujet de thèse lui-même – les paradoxes identitaires chez de jeunes pères ayant un parcours de rue –, nous tenterons de sou- lever certains questionnements et d’engager une réflexion portant sur les enjeux cliniques et éthiques d’une recherche d’orientation théorique psychanalytique.

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This article describes a specific and original method elaborated in the context of a doctoral thesis. By exposing this qualitative methodology as it emerges from the thesis subject—fatherhood identity paradoxes in street youth—, the author proposes a reflection on clinical and ethical issues relevant to psychoanalytical research.

Les aidants humanitaires œuvrent dans des contextes instables qui mettent à l’épreuve leur subjectivité. Ils sont confrontés à des conditions extrêmes de travail et développent des relations avec leurs patients qui sont chargées quantitativement et empreintes de contenus peu symbolisés. En réaction à cette expérience au haut potentiel traumatique, ils érigent des systèmes défensifs variés (expulsion de la quantité, coupure de soi, etc.) et présentent une diversité de symptômes plus ou moins couteux pour l’appareil psychique. En lien avec leur réponse à la situation extrême s’élabore aussi une demande de prise en charge des besoins de leur Moi à laquelle l’objet-environnement répond de façon plus ou moins ajustée. Ainsi, cet article porte un regard psychanalytique sur la clinique de l’extrême et propose divers dispositifs métacontenants qui pourraient agir comme des facteurs de protection pour les aidants.

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Humanitarian caregivers work in unstable contexts that challenge their subjectivity. They are confronted with extreme working conditions and develop relationships with their patients which are quantitatively intense and imprinted with unsymbolized contents. In response to this experience of high traumatic potential, they erect various defensive systems (expulsion of quantity, “cutting” away from themselves, etc.) and present a variety of symptoms more or less expensive for the psyche. In connection to their response to the extreme situation, they also express a demand or a need for the support of their ego to which the object-environment responds in a more or less adjusted way. Thus, this article proposes a psychoanalytical look at the clinic of the extreme, and suggests metacontaining modalities that could act as protective factors for caregivers.

Anna Freud, la sixième et la plus jeune des enfants de Sigmund Freud, est devenue l’héritière et la gardienne officielle de l’œuvre de son père, quoique de manière ambiguë et dans la controverse. Fondatrice de la psychanalyse d’enfants avec ou contre Melanie Klein, elle a aussi cofondé des écoles mettant de l’avant une pédagogie psychanalytique et novatrice, non sans révéler ce faisant des interférences entre son analyse, son œuvre et sa vie. Son analyse avec son père, qui l’appelait « son Antigone », a fait l’objet d’articles de Freud (« Un enfant est battu » en 1919) et d’elle-même (« Fantasme d’“être battu” et rêverie » en 1922). Publiés très tôt, ces textes suscitent ambivalences et critiques voilées, ainsi que des interprétations sauvages selon lesquelles Anna Freud était tour à tour vieille fille et lesbienne. Cet article interroge les liens entre son analyse, poursuivie sous une élection paternelle dont elle bénéficie tout en étant prisonnière, et le regard que nous portons sur elle aujourd’hui. Si Anna Freud a certes été fidèle à la mémoire et à l’œuvre de son père et à ce qu’elle aura cherché à en protéger, elle a également eu une longue vie après la mort de celui-ci, vie où elle a aimé et frayé sa propre voie, notamment en fondant des lieux thérapeutiques psychanalytiques pour les enfants et en créant une œuvre originale en psychanalyse.

L’article présente les possibilités offertes par la pragmatique linguistique et la
rhétorique pour l’analyse des entrevues de recherche. À l’aide d’exemples, l’article montre
comment, en passant par la forme du discours et les façons de dire, il est possible de dégager le
sens du propos, du contenu implicite au contenu inconscient de la parole du sujet adressée au
chercheur. Traverser les mots convoque aussi le passage par des assignations de places au
chercheur et à l’interlocuteur qui lui parle : échange conversationnel où la pensée s’élabore.

Mots clés : analyse du discours ; recherche psychanalytique ; pragmatique ; rhétorique.

This article considers the possibilities offered by linguistic pragmatics and rhetoric for
the analysis of research interviews. Using examples, the article shows how it is possible, through
the form of the discourse and the ways of saying, to disentangle the meaning of the discourse,
from the implicit content to the unconscious content of the subject’s speech addressed to the
researcher. Travelling through words also calls for the passage through the assignment of places
for the researcher and the interlocutor who speaks to him: a conversational exchange where
thought is developed.

Key words: discourse analysis; psychoanalytic research; pragmatics; rhetoric.

Le texte propose de voir la psychanalyse cure-type et la psychothérapie
psychanalytique sur un continuum, en fonction de la notion du « travail de transfert ». Ces
dispositifs proposent des conditions pour que se produise une « exigence de travail » du transfert
chez l’analysant et chez l’analyste, pour utiliser l’interprétation « du » transfert et l’interprétation
« dans » le transfert. Ces trois formes de travail de transfert sont examinées. Le texte propose que
la difficulté du travail de transfert exige du thérapeute non seulement une solide formation, mais
aussi l’expérience personnelle du transfert au sein d’une cure-type personnelle. Finalement, le
texte propose une rupture radicale entre les thérapies psychanalytiques et les thérapies
psychodynamiques (psychoanalytically informed therapies).

Mots clés : psychanalyse ; psychothérapie ; transfert ; interprétation.

Abstract: This paper text seeks to locate psychoanalysis and psychoanalytic psychotherapy on a
continuum, in light of the notion of the “work of transference”. These different settings give the
conditions for a “transference demand upon the mind” of both the analysand and the analyst, and
the conditions for the interpretation “of” the transference and “in” the transference. These three
forms of the work of transference are examined. The paper proposes that the demand coming
from the transference at work requires from the therapist not only a solid training but also a
personal and intimate experience of transference within a personal analysis. Finally, the text puts
forward the idea of a radical break between psychoanalytic psychotherapies and
“psychoanalytically informed therapies”.

Key words: psychoanalysis; psychotherapy; transference; interpretation.