Cet article vise à présenter les perspectives cliniques de quatre psychanalystes : Paula Heimann, Margaret Little, Annie Reich et Lucia Tower. À la même époque, elles se sont chacune prononcées sur la position de l’analyste à travers le concept de contre-transfert. Leur approche de travail, leur point de vue et leurs techniques sont aujourd’hui non seulement largement appliqués dans les psychanalyses de type psychothérapeutique, mais aussi adoptés comme ligne axiale dans les approches psychanalytiques de patients n’appartenant pas à la catégorie de la névrose «classique». Bien qu’elles proviennent d’horizons théoriques différents, elles se rejoignent audacieusement sur une même idée : le contre-transfert est l’une des conditions nécessaires à la relation analytique et peut même devenir un outil précieux pour explorer l’inconscient de l’analysé. Ceci, naturellement, ne va pas sans risques. S’agirait-il d’approches caractérisant une position inconsciente féminine ? En mobilisant leurs propres possibilités émotionnelles d’« écoute », en s’appuyant sur leur propre inconscient et en conversant avec l’autre non névrotique de manière novatrice, elles ont essayé d’expérimenter d’autres formes de connexion avec l’autre de souffrance qu’est leur analysant.

L’adolescent en souffrance rejoue et diffracte sur l’institution des modalités de liens spécifiques à sa famille interne. Si l’on considère que les groupes internes désignent des schèmes de relations d’objet intériorisés, inhérentes au groupe primaire, l’on peut alors considérer que les groupes externes peuvent être utilisés comme autant de scènes qui permettent de les réactiver. La prise en compte de la manière dont l’adolescent entre en lien avec l’institution pourra éclairer le soignant sur la manière dont il signifie son mal-être en deçà des mots, et dont il rejoue des liens familiaux anciens. Mailler des liens autour de l’adolescent, sur le mode d’une enveloppe familiale contenante, lui permet de reconstruire des imagos familiales satisfaisantes et peu à peu de se différencier et de s’individuer.

Dans le précédent numéro, une première partie présentait les théorisations successives de Freud sur le narcissisme et celles plus contemporaines de Kernberg. Dans cette seconde partie, plus clinique, l’auteur tente de démontrer un continuum entre le narcissisme normal et pathologique, d’expliquer les pathologies du narcissisme et le fonctionnement mental conséquent selon la sévérité des pathologies et des régressions. Il aborde aussi les problématiques suscitées dans les relations transféro-contre-transférentielles.

Dans ce texte, premier de deux volets sur la question du narcissisme, l’auteur témoigne de réflexions élaborées tout au long de son parcours clinique sur les pathologies de la personnalité narcissique et sur la nécessité de prendre en compte les difficultés défiant dans ce contexte, les méthodes de psychothérapie. Ce premier volet est consacré à la métapsychologie du narcissisme, telle qu’élaborée d’abord par Freud, puis à la lumière de contributions contemporaines dont celle de Kernberg en particulier. L’auteur souligne la pertinence d’envisager également le narcissisme dans ses dimensions saines et nécessaires à la vie psychique.

Inspiré par Ferenczi et sa conception du traumatisme, l’auteur propose d’explorer à travers deux courtes vignettes cliniques, une position transférentielle particulière dans laquelle l’analyste est amené à prendre la place d’un témoin, et favoriser l’inscription psychique et dans le temps de ce qui ne se présente que dans l’actuel.

À partir du cas de Jérôme, père de Denis venant en thérapie pour comprendre les difficultés de son lien à son fils, vivant en grande précarité, désinséré, en retrait de toute vie sociale et professionnelle, nous avons souhaité réinterroger les modes de nouage du lien père-fils et la possibilité pour un fils de prendre un nom du père sans en être aliéné : comme disait Lacan on peut se passer du Nom-du-Père à condition de s’en servir. Denis est écrasé par l’uniforme d’un père qu’il voit comme tout-puissant et castrateur (rêve du taureau). L’occasion nous est donnée alors par ce rêve de Denis rapporté à son père et que ce dernier nous rapporte en séance, de revenir à Totem et tabou de Freud et à la fonction du père dans le système de la horde primitive. Le père est tué in effigie, en image, on brise sa statue au risque de ne plus exister soi-même. Le mythe de la horde primitive de Totem et tabou est bien un mythe. Le meurtre du père est un passage obligé pour tout sujet quand il doit s’inscrire dans le groupe social. Ce cas clinique n’est pas sans nous évoquer la Lettre au père de Kafka et le poids du père qui l’écrase et dont l’écriture va être une tentative de se faire un nom en propre et se tirer d’affaire.