Le texte propose une lecture psychanalytique du phénomène migratoire des harragas à partir de matériel recueilli auprès des mères de jeunes Tunisiens ayant risqué leur vie pour rejoindre l’Europe. Deux dimensions analytiques organisent notre propos. D’un côté, il s’agit de questionner les motifs inconscients qui structurent cette forme de migration en lien avec le désir maternel et la relation mère-fils plus généralement. De l’autre côté, nous revenons sur les conséquences psychiques désastreuses de l’acte migratoire clandestin (deuil collectif, traumatisme familial, etc.), des conséquences qui ne se limitent pas aux personnes migrantes, mais touchent également l’entourage familial et plus particulièrement les mères.

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The text presents a psychoanalytic approach of the migratory phenomenon of harragas using data collected from the mothers of young Tunisians who risked their lives to reach Europe. Our paper follows two analytical paths. On the one hand, it attempts to identify the unconscious motives which constitute this form of migration together with the maternal desire and the general mother-son relationship. On the other hand, we return to the disastrous psychic consequences of the clandestine migratory act (collective mourning, family trauma, etc.). These consequences are not only limited to the migrants themselves but affect the whole family and especially mothers.

Annie Anzieu est décédée le 10 novembre 2019.

Annie Anzieu est née en France en avril 1924. Diplômée en philosophie et psychologie à Paris à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, elle épouse Didier Anzieu en 1947. Tous deux deviennent psychanalystes. Didier a notamment développé ses travaux sur l’auto-analyse de Freud dans les années 50 et sur le Moi-peau durant les années 80. Ils ont vécu à Paris et ont eu deux enfants, Christine et Pascal. Leur fille, Christine Anzieu- Premmereur, est également psychanalyste.

En 1958, Annie Anzieu était orthophoniste à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris, où le professeur Daniel Widlöcher a fondé avec elle le département de psychothérapie infantile qu’elle a dirigé pendant de nombreuses années. Elle a consacré son temps à enseigner et former de nombreux psychothérapeutes d’enfants.

Elle a été analysée par Georges Favez et est devenue analyste formateur à l’Association psychanalytique de France, fondée en 1964.

En 1984, elle a été nommée présidente de l’Association pour la psychanalyse de l’enfant (APE) qu’elle a fondée avec sa collègue Florence Guignard. En 1994, elles ont toutes deux étendu cette société au niveau européen et fondé la Société européenne pour la psychanalyse de l’enfant et de l’adolescence (SEPEA). Elle a été nommée vice-présidente de la SEPEA la même année.

Grâce à Anne-Marie Sandler, son amie de Londres, l’Association inter- nationale de psychanalyse a créé un Comité sur la psychanalyse des enfants et des adolescents (COCAP), lequel a contribué à la reconnaissance des psychanalystes d’enfants du monde entier. La COCAP a élu Annie Anzieu parmi d’autres collègues européens en tant qu’analyste responsable de la formation en psychanalyse pour enfants et adolescents.

Dans ses travaux sur l’analyse de l’enfant, elle a mis l’accent sur le rôle des relations corporelles et des enveloppes psychiques entre mère et enfant, ainsi que sur le besoin de pouvoir nommer les affects.

De plus, elle a publié des articles sur la sexualité féminine. Dans son livre La femme sans qualité, elle propose l’idée que la vie psychique d’une femme est sous l’influence de ses représentations de l’intérieur de son corps et de sa réceptivité.

Elle a laissé une empreinte importante dans le monde psychanalytique pour le traitement des enfants, des adolescents et des femmes.

Christine Anzieu-Premmereur

23 novembre 2019

Le processus pubertaire ouvre des remaniements importants dans la construction
identitaire, sur le fond des remaniements narcissico-objectaux à l’adolescence. Les violences
sexuelles à l’adolescence peuvent être considérées comme un marqueur d’une faillite des
réaménagements pubertaires, dans le contexte de l’actualisation traumatique d’un narcissisme
blessé. Après l’exposé de perspectives théoriques sur l’identité dans son rapport au narcissisme,
la présentation du traitement psychanalytique d’un adolescent permet d’aborder les enjeux d’une
identité en souffrance.

Mots clés : identité ; adolescence ; narcissisme ; violences sexuelles ; traumatisme.

The process of puberty opens up significant changes in the construction of identity, on
the background of the changes of the narcissistic-object during adolescence. Sexual violence in
adolescence can be considered as a marker of a failure of puberty rearrangements, in the context
of the traumatic re-actualization of an injured narcissism. Following the presentation of
theoretical perspectives on identity in its relation to narcissism, the presentation of the
psychoanalytic treatment of teenagers allows for a clarification of the stakes at play in a suffering
identity.

Key words: identity; adolescence; narcissism; sexual violence; trauma.

Samuel Pereg nous a quittés. Il est décédé le 3 mai 2018 à Montréal. Professeur de 1970 à 1994, année à laquelle il a pris sa retraite de l’UQAM, pionnier au Département de psychologie, il a fait partie de ses fondateurs et de ses personnalités marquante.

Il s’agira, dans cette contribution, de mettre en « écho » les théorisations psychanalytiques et les dramatisations artistiques autour des expressions pathologiques de la jalousie. Des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre et des films, anciens ou contemporains, mettront à l’épreuve les conceptualisations issues des textes fondateurs de Freud et Lacan sur ce sujet. Dans un premier temps sera exploré le désir jaloux à enjeu objectal en traversant le complexe d’Œdipe bisexué, la rivalité au féminin et les tendances d’infidélité généralisées que le paranoïaque, figure élective de la jalousie, perce à jour par sa capacité de lire dans l’inconscient de l’autre. Dans un deuxième temps sera abordée la tension préœdipienne à enjeu spéculaire, dont le prototype est le complexe d’intrusion fraternel, sous-tendu par la fascination idéalisante et l’extranéité aliénante du désir de l’Autre. Enfin, dans une troisième partie, la jalousie sera appréhendée en tant que pathos mixte mélangeant la souffrance et le plaisir susceptible de s’accroître sans limite et d’atteindre la jouissance mythique de l’Autre. En guise de conclusion seront opposées la jalousie métabolisée par le transfert analytique et la rivalité naturellement exacerbée chez l’artiste.

Cet article vise à illustrer les concepts psychanalytiques d’appropriation subjective, de symbolisation, de culpabilité primaire et d’entrejeu psychothérapique à travers une vignette clinique. Ces concepts s’appuient sur la pensée de plusieurs auteurs dont principalement Freud, Winnicott et Roussillon. Je ferai d’abord un bref résumé théorique des notions précédemment mentionnées. Ensuite, j’illustrerai chacun de ces concepts à travers une même vignette clinique. Concernant la patiente présentée, elle a été suivie par l’auteur dans un service hospitalier en clinique externe de psychiatrie. Certaines modifications ont été apportées afin de préserver l’anonymat de la patiente.