Cet article introduit et discute les concepts théoriques clés de deuil développemental et de conflit de la parentalité se rapportant aux psychothérapies mères-bébés élaborées par Bertrand Cramer et Francisco Palacio-Espasa. La présentation d’un cas clinique permet de les articuler en lien avec les processus psychiques et les interactions observés chez une mère et son bébé.

Le dessin est une expression graphique des capacités de représentation mentale de l’enfant. À travers ses dessins, l’enfant exprime ses craintes, ses angoisses et ses satisfactions de façon symbolique. L’emploi des dessins en contexte de psychothérapie s’avère particulièrement pertinent lorsque l’enfant utilise peu ou pas la parole pour s’exprimer. Le dessin permet d’établir un langage entre l’objet (contenu du dessin), le sujet (enfant) et l’observateur (psychologue), tout en offrant un support visuel sur lequel l’enfant peut coucher son monde fantasmatique. Ce dernier devient ainsi réel et tangible, sans pour autant représenter la réalité concrète de l’enfant. Cet article vise à montrer, à l’aide de quelques exemples, l’usage pouvant être fait des dessins dans les contextes d’une évaluation psychologique et d’une psychothérapie. Les dessins d’un jeune présentant des vulnérabilités de nature psychotique sont présentés et discutés à la lumière des éléments historiques et contextuels, des conflits intrapsychiques, des angoisses et des ressources psychologiques de l’enfant. Les auteurs illustrent également le travail thérapeutique réalisé autour des angoisses archaïques de morcellement, d’anéantissement et de persécution qui se sont manifestées massivement dans le transfert de l’enfant. Des considérations théoriques et cliniques relatives à la psychothérapie d’enfants présentant une organisation de la personnalité psychotique sont aussi exposées.

Alors que l’interdit du toucher est au centre du dispositif psychanalytique, le travail thérapeutique avec des adolescents remobilise de manière singulière la conceptualisation du cadre et du processus. Que dire alors du moment où la thérapeute est enceinte? La question du corps est au cœur du travail de subjectivation, à la fois sous ses aspects sensoriels et sous ses aspects génitaux. C’est ce que nous travaillerons avec le déroulement de la thérapie d’une jeune adolescente, Mila, chez qui l’image du corps est fragile, attaquée, du dehors et du dedans. Elle le mettra en acte en se mettant en danger, en se marquant le corps par des maquillages, des piercings et par des tenues ambigües quant au genre, des tenues d’animaux… Dessinant beaucoup pendant les séances, nous pourrons étudier les mouvements projectifs de son image du corps ainsi que les éléments sensoriels et sensuels contenus dans le contact avec la feuille. Durant sa thérapie, le fait que j’ai été enceinte a remobilisé chez elle des ancrages archaïques qui lui ont permis de retravailler la constitution de son enveloppe psychique bisexuée. L’attention portée à un corps invisible mais présent engagea un travail hallucinatoire, au sens d’un travail du rêve qui s’est traduit par un rêve rapporté en séance et qui se répètera de manière signifiante au cours de sa thérapie, à une date anniversaire. De même, nous penserons à l’effet révélateur, à l’occasion de mon arrêt, de confusions précoces entre les enveloppes psychiques de la mère et de la jeune fille.

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While the prohibition of touch is at the center of the psychoanalytic device, the therapeutic work with adolescents singularly remobilizes the conceptualization of its framework and process. What to say then when the therapist is pregnant? The question of the body is at the heart of the work of subjectivation, both in its sensory and genital aspects. This is what we will work on in this paper by analyzing the course of a therapy with a young teenager, Mila, in whom the image of the body is fragile, attacked from outside and from within. She will put it into action by putting herself in danger, by marking the body with make-up, piercings and presentations of outfits that are ambiguous as to the gender, animal outfits, etc. Since she was drawing a lot during the sessions, we were able to study the projective movements of her image of the body as well as sensory and sensory elements contained in the contact with the paper. During her therapy, the fact that I was pregnant remobilized her archaic anchors and allowed her to rework the constitution of her bisexual psychic envelope. The attention paid to an invisible but present body led to a hallucinatory work, in the sense of a dream work that resulted in a dream reported in a session and repeated in a significant way during her therapy, on an anniversary date. In the same way, we will think about the revealing effect, at the time of my maternity leave, of early confusions between the psychic envelopes of the mother and the girl.

 

Le progrès technique transforme l’espace et les relations humaines. La physique moderne et la psychanalyse ont souligné les fondements relationnels des espaces dans lesquels nous vivons. Si notre expérience sensible de tous les jours nous place devant un double espace, celui du dedans et celui du dehors, l’articulation entre ces deux espaces a acquis une nouvelle dimension avec les travaux de Winnicott et de Green. À la lumière de l’analyse de Théo, pour qui le cadre analytique apparaissait comme une caverne dangereuse, et de celle du mythe de Persée face à la Méduse, tel que lu par Pasche, l’importance d’un bouclier personnel est discutée. Dans le passage d’un rapport tri-dimensionnel à un rapport bi-dimensionnel, la médiation qu’offre la technologie numérique est ainsi comparée à un bouclier de Persée d’un autre ordre. Son impact est questionné à l’aune de situations cliniques avec les adolescents et de la recherche portant sur le développement des enfants.

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Abstract: Technical progress changes space and human relationships. Modern physics and psychoanalysis have emphasized the relational basis of the spaces we live in. While our day to day sensible experience places us in front of a double space, the one outside and the one inside each of us, the articulation between the two has taken a new dimension with Winnicott’s and Green’s work. Using the analysis of Theo, who experienced the analytic setting as a dangerous cavern, and the myth of Perseus, as read by Pasche, the importance of a personal shield is discussed. With its passage from a three-dimensional to a two-dimensional relationship, the mediation offered by digital technology is compared to a Perseus’ shield of a different order. Its impact is questioned at the light of developmental research and of clinical experience with adolescents.

 

Le texte propose une lecture psychanalytique du phénomène migratoire des harragas à partir de matériel recueilli auprès des mères de jeunes Tunisiens ayant risqué leur vie pour rejoindre l’Europe. Deux dimensions analytiques organisent notre propos. D’un côté, il s’agit de questionner les motifs inconscients qui structurent cette forme de migration en lien avec le désir maternel et la relation mère-fils plus généralement. De l’autre côté, nous revenons sur les conséquences psychiques désastreuses de l’acte migratoire clandestin (deuil collectif, traumatisme familial, etc.), des conséquences qui ne se limitent pas aux personnes migrantes, mais touchent également l’entourage familial et plus particulièrement les mères.

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The text presents a psychoanalytic approach of the migratory phenomenon of harragas using data collected from the mothers of young Tunisians who risked their lives to reach Europe. Our paper follows two analytical paths. On the one hand, it attempts to identify the unconscious motives which constitute this form of migration together with the maternal desire and the general mother-son relationship. On the other hand, we return to the disastrous psychic consequences of the clandestine migratory act (collective mourning, family trauma, etc.). These consequences are not only limited to the migrants themselves but affect the whole family and especially mothers.

Annie Anzieu est décédée le 10 novembre 2019.

Annie Anzieu est née en France en avril 1924. Diplômée en philosophie et psychologie à Paris à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, elle épouse Didier Anzieu en 1947. Tous deux deviennent psychanalystes. Didier a notamment développé ses travaux sur l’auto-analyse de Freud dans les années 50 et sur le Moi-peau durant les années 80. Ils ont vécu à Paris et ont eu deux enfants, Christine et Pascal. Leur fille, Christine Anzieu- Premmereur, est également psychanalyste.

En 1958, Annie Anzieu était orthophoniste à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris, où le professeur Daniel Widlöcher a fondé avec elle le département de psychothérapie infantile qu’elle a dirigé pendant de nombreuses années. Elle a consacré son temps à enseigner et former de nombreux psychothérapeutes d’enfants.

Elle a été analysée par Georges Favez et est devenue analyste formateur à l’Association psychanalytique de France, fondée en 1964.

En 1984, elle a été nommée présidente de l’Association pour la psychanalyse de l’enfant (APE) qu’elle a fondée avec sa collègue Florence Guignard. En 1994, elles ont toutes deux étendu cette société au niveau européen et fondé la Société européenne pour la psychanalyse de l’enfant et de l’adolescence (SEPEA). Elle a été nommée vice-présidente de la SEPEA la même année.

Grâce à Anne-Marie Sandler, son amie de Londres, l’Association inter- nationale de psychanalyse a créé un Comité sur la psychanalyse des enfants et des adolescents (COCAP), lequel a contribué à la reconnaissance des psychanalystes d’enfants du monde entier. La COCAP a élu Annie Anzieu parmi d’autres collègues européens en tant qu’analyste responsable de la formation en psychanalyse pour enfants et adolescents.

Dans ses travaux sur l’analyse de l’enfant, elle a mis l’accent sur le rôle des relations corporelles et des enveloppes psychiques entre mère et enfant, ainsi que sur le besoin de pouvoir nommer les affects.

De plus, elle a publié des articles sur la sexualité féminine. Dans son livre La femme sans qualité, elle propose l’idée que la vie psychique d’une femme est sous l’influence de ses représentations de l’intérieur de son corps et de sa réceptivité.

Elle a laissé une empreinte importante dans le monde psychanalytique pour le traitement des enfants, des adolescents et des femmes.

Christine Anzieu-Premmereur

23 novembre 2019