La transmission de la psychanalyse

Mar 22, 2018 Sophie Gilbert

Volume 27 Partie 1

Ce numéro thématique fait suite à un colloque organisé par la revue Filigrane sur le thème de la transmission de la psychanalyse. Ce thème a émergé de questionnements issus de différents milieux : des sociétés de psychanalyse qui se voient...
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Ce numéro thématique fait suite à un colloque organisé par la revue Filigrane sur le thème de la transmission de la psychanalyse. Ce thème a émergé de questionnements issus de différents milieux : des sociétés de psychanalyse qui se voient « vieillissantes », des universités dont la psychanalyse est trop souvent exclue, mais aussi, des jeunes cliniciens d’orientation psychanalytique remplis d’idée, de créativité – une jeunesse donc, tout sauf rétrograde. Un milieu en effervescence ou en déchéance que celui de la psychanalyse ?

L’argumentaire de ce colloque constitue le premier article du dossier, suivi par des articles issus des conférences de nos invités, soit Christine Anzieu-Premmereur, Réal Laperrière et Gabriela Legorreta. Dans un premier temps, Mme Anzieu-Premmereur témoigne de son parcours personnel, et de l’intégration de pans de la célèbre théorisation de son père dans sa pratique actuelle. Un second article aborde de façon plus concrète le travail réalisé à New York, un travail de formation auprès de psychothérapeutes, un exemple clé de l’intérêt de la psychanalyse pour la pratique de différents professionnels en milieu institutionnel. Ces deux textes s’appuient notamment sur une pratique très spécifique : le travail clinique auprès de la dyade mère-nourrisson.

Dans une perspective particulièrement didactique, Réal Laperrière reprend le concept de « capacité négative » proposé par Bion. Après l’avoir situé de façon théorique et métapsychologique, une question se pose : comment se transmet, au patient comme au thérapeute, cet élément fondamental de la pratique clinique psychanalytique ?

Finalement, Gabriela Legorreta aborde la transmission dans le cadre de la supervision. Au coeur non seulement de la formation mais aussi de la pratique des cliniciens d’orientation psychanalytique, l’auteure en déploie les différentes composantes et résultantes.

La psychanalyse, on le sait, demeure bien vivante dans certaines universités. La rubrique « Psychanalyse à l’université » en témoigne bien. Dans ce numéro, Nathalie Tissières et Irène Krymko-Bleton présentent les résultats d’une recherche doctorale portant sur le contre-transfert culturel. À une époque où les frontières entre pays et cultures s’estompent (ou d’un autre point de vue, se cristallisent…), le questionnement sur l’universalité d’« une » psychanalyse est bien sûr remis en chantier, et la place de la culture, plus spécifiquement la prise en compte de la diversité culturelle dans le dispositif d’évaluation et d’intervention des cliniciens, se pose de façon criante.

Le thème de la transmission aura particulièrement interpelé la relève, dans le domaine de la psychanalyse. En ce sens, la recension critique du récent ouvrage collectif « Des psychanalystes en séance. Glossaire clinique de psychanalyse contemporaine » par Stephany Squires, témoigne de ce qui préoccupe la nouvelle génération de cliniciens d’orientation psychanalytique : la formation et ses lieux, bien sûr, mais aussi un certain décloisonnement entre institutions, voire des institutions, par les tenants de la « libre association ».

La rubrique « Bouquinerie » fait aussi place à une recension, par Jean- Baptiste Desveaux, du récent livre de Jean Imbeault : « L’analyse sur écoute ». Les lecteurs y découvriront l’expérience de la possibilité de revisiter (ou d’écouter) la trace auditive des séances. Les chercheurs (puisqu’il est question dans ce numéro de la présence de la psychanalyse à l’université) pourront y trouver des éléments de réflexion, quant à ce qui devient accessible par le travail en profondeur de la transcription de rencontres chercheur-sujet, dans certains dispositifs de recherche psychanalytique.

En terminant, dans la rubrique « Cinéma et psychanalyse », André Jacques – initiateur de cette rubrique – présente un commentaire du film Phoenix, sous l’angle de la notion d’identité. Du reste, ce film propose au spectateur le récit d’une forme de renaissance, où s’entremêlent le même (la continuité) et la différence (la rupture), à partir du conflit et du malentendu… métaphore du travail psychanalytique, certes, mais serait-ce aussi une heureuse façon d’envisager la situation actuelle de la psychanalyse ?

Le colloque de 2017 avait été organisé à la mémoire d’André Lussier, décédé un an plus tôt ; ce numéro thématique en est le complément. En 2018, un autre psychanalyste nous a quittés : Samuel Pereg. Dans la foulée de ce numéro et des questions qu’il pose sur les modalités de la transmission de la psychanalyse, en institution, dans l’intimité des cabinets privés et des rencontres de groupe, ou même à l’université, il nous a semblé que les hommages proposés par Marie Hazan, Louise Grenier et Isabelle Lasvergnas, trois collègues de Samuel Pereg, y trouveraient une place de choix. Une façon de ne pas oublier la transmission « hors les murs », « hors institution », et surtout, intègre, d’une pratique clinique toujours aussi vivante, en 2018. Ainsi se termine donc ce numéro hommage : hommage à d’incontournables psychanalystes d’ici.

Sophie Gilbert gilbert.sophie@uqam.ca

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