La langue vivante de la clinique psychanalytique II

sept 14, 2015 Sophie Gilbert

Volume 20 Partie 2

par Sophie Gilbert et Véronique Lussier Ce second volet de notre dossier sur « la langue vivante de la clinique psychanalytique » offre l’opportunité de constater de nouveau combien cette thématique résonne à plusieurs niveaux chez nos auteurs, et sans doute, parmi les...
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par Sophie Gilbert et Véronique Lussier

Ce second volet de notre dossier sur « la langue vivante de la clinique psychanalytique » offre l’opportunité de constater de nouveau combien cette thématique résonne à plusieurs niveaux chez nos auteurs, et sans doute, parmi les cliniciens de la francophonie. Qu’il s’agisse de la langue du psychanalyste ou de celle de l’analysant, de la langue – maternelle ou non – parlée en séance ou de celle, agie de l’inconscient ; que l’on se réfère à une cure analytique singulière ou plus généralement, à une pratique clinique d’orientation psychanalytique ; que le propos retrace l’expérience transférentielle ou s’ancre dans une rigoureuse élaboration théorique ; il est clair qu’en psychanalyse, les mots résonnent autrement pour qui veut entendre le langage de l’inconscient.

Dans une première contribution à la revue Filigrane, Luminitza Claudepierre Tigirlas fait le pont entre son propre vécu d’immigrante en France, issue du métissage langagier du couple parental, et deux expériences de travail analytique où s’inscrit le rapport conflictuel de chaque analysant à sa langue maternelle. Plus précisément, c’est à travers la communion d’une même « langue-mère » que pourra ressurgir, enfin, le jeu d’association singulier – le « tricot » – des signifiants, témoignant non seulement de la fertilité de cette relation transférentielle ponctuée de référents langagiers maternels communs, mais également, d’un idéal contraignant, voire même aliénant pour le sujet.

Cet article présente en outre l’intérêt majeur d’accorder la profondeur de réflexion qu’il se doit à ce qui pourrait ne constituer qu’un acte de complaisance ou de commodité, à savoir le choix de langue en analyse.

Dans un tout autre registre, mais qui porte à sa manière le poids des mots, Suzanne Bouchard nous convie à entendre une histoire qui ne manquera pas d’interpeller le lecteur. Issu d’un lieu bien particulier, qui se veut au plus près de ce que les mots peuvent véhiculer sans se prévaloir de les expliciter, ce texte convie le lecteur à se laisser troubler… et à laisser en suspens ses propres interprétations. De ce lieu ouvert à la curiosité épistémologique, où le secret des mots garde jusqu’au bout un caractère infrangible, le lecteur repartira avec une histoire posée comme une confidence, avant que l’analyse n’en fasse un cas.

Le dernier texte du dossier thématique nous a été généreusement proposé par Patrick Mahony. En soi, le fait qu’il s’agisse d’une traduction d’un article publié un an plus tôt dans l’International Journal of Applied Psycho-analysis Studies est déjà un clin d’œil au dossier, mais de façon plus pragmatique, et en référence à la discipline du même nom, c’est à une réflexion sur les traductions de « la langue de Sophocle » que le lecteur est ici convié. De fait, l’impressionnant travail conceptuel de l’auteur s’ancre à la fois dans son expérience de psychanalyste et dans l’érudition d’une lecture extensive de l’œuvre de Sophocle, mais aussi, dans une référence à la linguistique et plus précisément, à la pragmatique. Le lecteur se surprendra à découvrir les enjeux préoedipiens de l’histoire d’Œdipe – si bien que la classique opposition Œdipe-Narcisse dans la littérature psychanalytique comme dans la clinique (voir le volume 19 de Filigrane) s’estompe quelque peu.

Finalement, dans la rubrique « Psychanalyse à l’université », le lecteur découvrira un quatrième article sur le thème de la langue. En référence à leurs recherches sur la clinique transculturelle, et dans une perspective psychanalytique, les auteurs Isabelle Boivin, Camille Brisset et Yvan Leanza, procèdent à une fine analyse de la posture singulière de l’interprète en situation clinique. Qu’en est-il de l’idéal de la neutralité ? Comment se tisse la relation transférentielle ? Une interprétation peut-elle tendre, paradoxalement, vers l’objectivité ? En d’autres termes, la question fort actuelle du travail du sujet-interprète est ici posée, par le déploiement de certains des multiples aspects de ce cadre plurilingue de plus en plus fréquemment adopté en institution.

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