Filigrane a reçu

L’écriture de soi ou autobiographique de Toute la folie du monde est une façon pour son auteure de revisiter autrement son histoire et de venir au secours de l’enfant laissé en chemin en lui apportant les mots qui lui manquaient autrefois. Une façon de s’écrire du lointain et ainsi de rejoindre ce qui ne cesse d’exister dans l’inconscient. Là-bas, dans ce continent noir qui dans notre imaginaire symbolise la misère, Francine Godin, avec humour et autodérision, légèreté et cruauté (au sens d’Artaud) raconte la pesanteur des souffrances oubliées, et qui reviennent la hanter dans le regard des affamés, des enfants sans mère et au père incertain. Reflet de son désastre intime : «Une petite fille de quatre ans s’avançant seule dans la forêt» (p. 100), dans la forêt des mots, ajouterais-je, une petite fille qui devra s’égarer longtemps avant d’«être trouvée» par son psychanalyste. Francine Godin dans un style vif, authentique, qui entrelace avec une belle aisance parcours professionnel et vie personnelle, ose et s’expose aux lecteurs. Avec elle, nous faisons des allers et retours de la scène du monde extérieure – politique, sociologique – où elle a exercé ses fonctions dans le développement international en Afrique à l’Autre scène, psychique celle-là amoureuse, désirante, qu’elle n’a pas fini d’explorer et de raconter. À nous d’en entendre quelque chose.

Louise Grenier

Quelle idée originale et quelle entreprise heuristique, à notre époque, que de s’attarder aux premiers travaux freudiens, plus largement que par une relecture de l’Esquisse pour une psychologie scientifique ! C’est le défi qu’a relevé le psychanalyste Luxembourgeois Thierry Simonelli dans un ouvrage récent de la collection Voix psychanalytiques aux éditions Liber : Les premières métapsychologies de Freud (2010). Au fil d’une analyse fine des premiers écrits de Freud, l’auteur suit pas à pas l’articulation de la théorisation freudienne aux découvertes issues de sa clinique, de l’étude des aphasies aux Études sur l’hystérie.

Ce livre intéressera tout particulièrement ceux qui sont interpellés, au-delà de l’intérêt de l’origine de la métapsychologie freudienne, par la démarche de Freud-chercheur ; une démarche qui , lorsque si bien décortiquée, ne peut qu’inspirer, encore aujourd’hui, non seulement les théoriciens et les chercheurs, mais aussi les cliniciens avides de peaufiner l’alliance observation-conceptualisation qui fait la richesse de la pratique psychanalytique. En outre, le lecteur ne peut que se demander, à la fin de cet ouvrage, quel sens donner à ce qui fait retour aujourd’hui de la démarche freudienne originelle, plus que centenaire, dans l’abord du fonctionnement de la psyché à la lumière d’une neurophysiologie aseptisée ?

Sophie Gilbert
Rédactrice en chef

L’auteur a publié de nombreux ouvrages sur l’écriture de soi, le témoignage et l’écriture de cas. Dans son dernier livre, il se centre sur les enjeux fantasmatiques attachés à l’écriture de soi, dès lors que le sujet expose son dialogue intérieur à un lecteur témoin du récit. Cette parole sur soi donnée à lire suppose la confiance dans les mots et le besoin de l’autre comme garant d’une écoute. Or cette expérience du dialogue intérieur en présence de l’autre est en difficulté dans les vécus traumatiques précoces et les pathologies dites limites.

Pour étayer son propos, l’auteur nous propose des textes témoignant d’expériences traumatiques extrêmes où le ‘Je’ et son appartenance humaine est menacé d’anéantissement. Il nous convie à trois écritures de soi de survivants : la lecture d’un écrivain, d’une essayiste et d’un peintre. L’auteur poursuit sa réflexion sur le dialogue intérieur de l’analyste pour penser en séance et suppléer à l’absence de récit sur soi des patients qui ont vécu des traumas précoces.

Sophie Gilbert
Rédactrice en chef

Libre cahiers pour la psychanalyse, no 25. Paris : In Press.

À consulter : le dernier numéro de la revue Libres cahiers pour la psychanalyse, une revue qui se consacre à des élaborations actuelles à partir des textes freudiens. Ici, inspirés par une relecture des Contributions à la psychologie de la vie amoureuse (1910-1918), une quinzaine de psychanalystes abordent cette thématique sous des angles des plus divers, en résonance avec la clinique, et parfois même, dans un flirt éloquent avec d’autres disciplines telles la poésie ou la littérature.

Sophie Gilbert
Rédactrice en chef

C’est sur un ton plutôt léger, presque celui de la conversation, que Jean Fourton (psychanalyste, École freudienne de Paris) propose au lecteur les résultats d’une recherche historique solidement documentée. Tout un pan méconnu de la vie de Freud, qui aurait pourtant grandement soutenu la découverte freudienne, est ainsi dévoilé. En effet, l’élaboration progressive de la théorie psychanalytique ne saurait se dissocier de son auteur, de la vie de celui-ci, et notamment de son environnement social ici présenté comme un fidèle collaborateur, quoique à son insu, de la persévérante continuation des travaux freudiens. Si beaucoup de travaux ont été l’occasion de discuter des correspondances de Freud – en particulier des échanges Freud-Fliess –, tous ont ignoré, semble-t-il, les présentations de celui-ci au sein de la loge maçonnique de l’ordre du B’nai B’rith, à une époque où ses découvertes recevaient peu d’encouragement du public médico-scientifique. Le sérieux de la réflexion exposée en ces pages se trouve un peu camouflé par l’usage du « je » et le ton léger, mais en revanche, ce livre se parcourt aisément et presque sans interruption, justement grâce à cette inhabituelle tonalité. Le lecteur n’a plus qu’à se laisse porter dans ce voyage initiatique en cet autre espace-temps. Guidé par l’auteur, il découvre progressivement le subtil entrelacement des religions, des valeurs et de la culture d’une époque, de la transmission du savoir, et de la naissance de la psychanalyse.

Sophie Gilbert
Rédactrice en chef

Ce collectif est une petite trouvaille, que l’on peut se procurer directement auprès des Presses Universitaires de Rennes. Différents auteurs, cliniciens et chercheurs nous livrent ici leur approche spécifique de cette vaste problématique qu’est la violence conjugale. S’entrecroisent les points de vue cliniques et théoriques (psychanalytiques) qui dépassent, évidemment, le seul niveau symptomatique de la figuration singulière de cette violence. Le lecteur aura le plaisir de découvrir au passage différents lieux de soins où ces hommes et ces femmes peuvent mettre en mot leur souffrance, tout en lisant (et relisant parfois, avec grand intérêt) des textes particulièrement riches théoriquement – c’est le cas notamment du court article de Pierre Paul Costantini qui nous ramène brillamment aux caractères fondamentaux de la violence, pour ensuite l’illustrer avec un cas clinique complexe.

Sophie Gilbert
Rédactrice en chef