Un drapeau taliban, at home

Cherchant une œuvre d’art pour combler un mur inoccupé de sa mai- son, l’auteur rencontre une série de drapeaux associés à des groupes armés. Cette rencontre imprévue devient le lieu propice à un enchaînement d’impressions de l’ordre de l’inquiétante étrangeté. À travers un parcours qui la mène de la Bosnie à une sexualité féroce, en passant par l’œil automatique captant un terrible selfie, la violence du monde fait résonner une part d’inassimilable, aux limites de l’inti- mité. En même temps vient la tentation de se ressaisir partiellement, dans l’essai de comprendre ce qui arrive. L’auteur interroge alors l’origine des rêveries éveillées, y reconnaissant l’apport de l’autre. Il considère aussi le pulsionnel délié et la blessure identitaire, sous-jacents à plusieurs actes de violence. Les langues théorique et philosophique utilisées en ces circonstances demeurent néanmoins en conversation avec une expérience affective vivace, qui les relance constamment. Placée sous le signe du discours amoureux et de la préservation du sentiment, la présente écriture souhaite exprimer un mouvement de pensée, dans le courant duquel une langue intelligible trame avec des mots traumatiques. L’implantation d’une base vitale, d’un « drap-peau », a-t-elle rendu l’élaboration possible, transcendant la force d’at- traction qu’exerce la violence, sans en trahir toute l’intensité destructrice ?