« Père, ne vois-tu pas que je suis malade ? » Au nom de mon frère mort, je demande la vie

À partir du cas de Jérôme, père de Denis venant en thérapie pour comprendre les difficultés de son lien à son fils, vivant en grande précarité, désinséré, en retrait de toute vie sociale et professionnelle, nous avons souhaité réinterroger les modes de nouage du lien père-fils et la possibilité pour un fils de prendre un nom du père sans en être aliéné : comme disait Lacan on peut se passer du Nom-du-Père à condition de s’en servir. Denis est écrasé par l’uniforme d’un père qu’il voit comme tout-puissant et castrateur (rêve du taureau). L’occasion nous est donnée alors par ce rêve de Denis rapporté à son père et que ce dernier nous rapporte en séance, de revenir à Totem et tabou de Freud et à la fonction du père dans le système de la horde primitive. Le père est tué in effigie, en image, on brise sa statue au risque de ne plus exister soi-même. Le mythe de la horde primitive de Totem et tabou est bien un mythe. Le meurtre du père est un passage obligé pour tout sujet quand il doit s’inscrire dans le groupe social. Ce cas clinique n’est pas sans nous évoquer la Lettre au père de Kafka et le poids du père qui l’écrase et dont l’écriture va être une tentative de se faire un nom en propre et se tirer d’affaire.