L’inconscient est politiquement incorrect

Entre toutes les sexualités du monde animal, celle humaine est la seule à être disjointe
de la reproduction, ce que signifie l’écart entre « instinct » et « pulsion ». La sexualité humaine
n’est ni naturelle, ni contre-nature ; elle est dénaturée. En l’enracinant dans l’infantile, en
dissociant le sexuel et le génital, Freud et la psychanalyse ont en quelque sorte « prolongé » cette
émancipation de la sexualité. Le primat revendiqué du genre sur le sexe, qui va jusqu’à affirmer
une polymorphie multipliant les genres bien au-delà de deux, peut s’entendre comme une façon
de pousser jusque dans ses derniers retranchements la « critique » de la nature comme de
l’idéologie dominante, à savoir celle hétérosexuelle et patriarcale. L’inconscient est-il lui aussi
fils de son temps ou est-il « politiquement incorrect », quels que soient l’ordre en place et la
pensée obligée ?

Mots clés : histoire de la sexualité ; pulsion ; féminité ; genre ; inconscient ; homosexualité.

Among all the sexualities we encounter in the animal world, only the human one is
disjointed from reproduction: for us, there is a gap between “instinct” and “drive”. Human
sexuality is neither natural nor counternatural, it is un-natural. By rooting it in the infantile and by
dissociating the sexual and the genital, Freud and psychoanalysis have in a way “prolonged” this
emancipation of sexuality. The idea of a primacy of gender over sex, which goes so far as to
assert a polymorphism that multiplies the genders well beyond two, can be understood as a way
of deepening the “criticism” of nature and of the dominant — namely, heterosexual and
patriarchal — ideology. However, is the unconscious the witness of our present time or is it
“politically incorrect”?

Key words: history of sexuality; drive theory; feminity; gender; unconscious; homosexuality.